Septen et son Soixante Troisième Eté.
Écrit par Wilfrid Supréna    Lundi, 12 Septembre 2011 19:58    PDF Imprimer Envoyer
There are no translations available.

“Septen, Ou Se Yon Lekol Wi”, Yvenel Etienne (Soré)


Le 27 juillet écoulé, le Grand Orchestre Septentrional ajoutait une bougie en plus à sa longue et glorieuse existence. Les jeunes musiciens de l’orchestre accompagnés de Michel Tassy, vétéran chanteur de plus de 47 ans de carrière, ont commémoré dans la joie et l’allégresse et sous le signe du renouveau les soixante trois ans de fondation de cette importante institution musicale. En cette spéciale et mémorable occasion, Septen qui continue d’étonner et de séduire vient  de gratifier les septentrionalistes, les nordistes, les capois, les haïtiens en général, les amants de la riche tradition musicale haïtienne, les mélomanes de toutes tendances d’un opus pouvant et devant servir de référence pour les futures générations de musiciens haïtiens.

 

Merci Septen de nous éloigner, avec ces treize compositions les unes plus succulentes que les autres, des clichés, des stéréotypes et des platitudes qui ont caractérisé la production musicale de danse populaire haïtienne pendant ces trois dernières décennies. Les rythmes du terroir tels le ibo, le congo, le yanvalou, la méringue lente  qu’on croyait morts, enterrés et oubliés dans notre palmarès culturel avec la tendance triomphante mais régressive de l’uniformisation et de la facilité ont réémergé en force dans ce compact disque.

 

La sortie des premiers disques de Septen sur 33 tours en 1963, 1964, 1965 soit quelque 15 années après sa fondation en 1948 plaçait l’orchestre dans la position de porte étendard, à côté du Jazz des Jeunes et de Wébert Sicot, de la résistance contre la tendance réductrice de la pluralité rythmique de notre musique. L’orchestre Septentrional du Nord ci-après Boule de Feu Internationale s’est imposé d’emblée comme le dernier rempart de défense des valeurs créatrices de notre culture basée sur la variété des ethnies subsahariennes, de l’Afrique centrale et occidentale qui, asservies sur un territoire colonisé, ont su garder, préserver et transmettre leur authenticité à travers leur religion, leur langage et surtout la musique et la danse où le tambour jouait un rôle plus que prépondérant.

 

Un grand Merci au maestro Hulrick Pierre Louis aujourd’hui disparu et ses premiers collaborateurs des groupes Astoria et Quatuor Septentrional, Jean Menuau, Raymond Jean Louis, Jacques Mompremier, Léandre et Rigaud Fidèle, Gérard Monfiston, Jacob Germain et Pierre Volonté Jacques d’avoir compris au départ le sens et la portée historique des batailles qu’ils auront à livrer.

 

Dans la lutte pour la reconnaissance des valeurs provinciales et de leur diversité culturelle par la “République exterminatrice” de Port-au-Prince, Septen a pu tenir le flambeau très haut là où certains ont essayé de se frayer un chemin mais ont malheureusement échoué. Meridional et Panorama des Cayes, Simbie des Gonaïves, Diables du Rythme de Saint Marc, Jouvenceaux de Jacmel, Choucoune et Volvéra de Fort Liberté, Amor de Ouanaminthe, Citadelle de Phaéton etc ont fait une expérience assez singulière dont les résultats ont laissé indubitablement un goût amer dans la bouche des natifs de ces régions.

 

Malgré les moqueries, les coups bas, les tentatives d’isolement et même des menaces associées au contexte politique d’alors, Septen n’a pas désemparé et capitulé. Au contraire, l’Orchestre a pu conquérir le Coeur des mélomanes au Capitol, au Rex Théatre, au Djoumbala avec le rythme Ibo (Madan Bonga, Van Tanpèt, Machann Akassan, Rampono), la Méringue Lente (Cité du Cap Haïtien, Caridad, Mona), Petro (Mariana, Tanbou Frape, Vieux Tonton), Congo( Joujou, An Nou Koupe Bwa, Abitan #1, Pase Cheve), Yanvalou/Contredanse (Surprise, Paysanne,) Rythme de Feu, création de Septen (Fanatik Mondyal, Bonjour Marie, Prézidan Avi) etc… Il a fonctionné sans discontinuité et atteint 63 ans!

 

L’adaptation et l’interprétation par Septen de certains rythmes afro caraibéens en vogue à l’époque (Cuba, Jamaïque et Trinidad) ont contribué à réhausser le prestige et la valeur musicale de l’orchestre en dehors des frontières nationales. Les musiciens de Septen d’alors se sont inspirés des rythmes d’outre mer comme le Mambo, le Pachanga, le Boléro, le Calypso, le Bossa Nova pour non seulement enrichir leur répertoire mais aussi et surtout pour nous laisser des chefs d’oeuvre classiques, atemporels destinés à consolider et à perpétuer la tradition de l’universalité de la musique de danse haïtienne. Parmi ces classiques, on peut citer sans crainte d’être contredit ‘Mambo Bossu” , “Episode Mambo’, ‘Batèm Rat” (Mambo) d’Hulrick Pierre Louis/Gérard Monfiston, ‘Chofè Otomobil et ‘Nou Konn Danse” (Pachanga) d’Alfred Moise, “Louise Marie” et Toi et Moi (Boléro) d’Alfred Moise, “Deklarasyon Peyzan” et “Jacky Kalypso; (Calypso) de Jean Claude Edouard /Hulrick Pierre Louis et Jacques Jean,  Pa Fèm Sa “Dadoune”, Let us Dance (Bossa Nova) Alfred Moise/Hulrick Pierre Louis etc…

 

Chapeau aux jeunes leaders et talentueux musiciens du Renouveau de Septen qui ont repris la torche et qui entendent continuer et approfondir la vision d’excellence, de perfection et d’universalisme de leurs aînés!

 

La parution du dernier disque de Septen trois semaines avant la célébration de son soixante troisième anniversaire reflète cette volonté à la fois de continuité et de dépassement.

 

Ce disque est une compilation de hits qui charment et incitent à réfléchir sur nos conditions existentielles, les rapports sociaux et familiaux que nous développons, notre environnement, nos émotions, nos mirages et notre gratitude envers nos devanciers. Avec évidemment une touche de modernisation - exigence des nouvelles technologies musicales- la tradition de la bonne musique et de variété rythmique dans tout album de Septen est à cent pour cent maintenue.

 

Les nouveaux compositeurs de Septen ont fait oeuvre qui vaille en combinant dans une seule chanson deux rythmes apparemment différents en style; Pachanga/Rythme de Feu (Pi Douvan), Congo/Pachanga (Li gen Dwa), Yanvalou/Calypso (Sonje), Calypso/Rythme de Feu (Nwèl an Nou), KonpaModen/Rythme de Feu (Fou de Toi), Yanvalou/Rythme de Feu (La nati). Des compositions telles que Chanpèt Lakay, Pa kwè sa, Se Pa Fòt Nou, Mizè Fanm et Lanmou Etènel sont marquées essentiellement du sceau du Rythme de Feu. Le plat de résistance dans ce disque est d’une part la réédition de Pa Fèm Sa (Dadoune), Bossa Nova mélodique,  l’une des pièces maitresses de l’incomparable Frédo et d’autre part la consécration de l’immortalité de notre méringue lente à travers le titre “La Capoise” que nous a offert le directeur musical, Francois Nikol Levy. Cette pièce se passe de présentation. Point.

 

Remerciements septentrionaux aux compositeurs, Jocelyn Alcé (Ti bass), Kesmy Doreus (Arthur), Nikol Lévy, Madsen Sylné, Jean Erly Métellus (John), Evens César, le parolier Coeursaint Isidor et à tous les musiciens de Septen pour avoir mis leur talent au service  de la défense de la vraie musique et de la culture haïtiennes! Ce faisant, Messieurs, vous vous êtes placés dans le sillage d’un grand homme, d’un grand Aculois, d’un grand Capois, d’un grand Nordiste, d’un grand Haïtien, d’un grand Musicien, le Maestro Hulrick Pierre Louis qui n’a pas eu la chance, le privilège et le bonheur d’être couronné ‘Trésor National” de son vivant, bien qu’il ait été honoré en 2008. Cependant, le grand Orchestre Septentrional auquel vous appartenez est déjà considéré comme tel par les défenseurs de l’Haïti de Mackandal (Limbé), de Duty Boukman (Acul du Nord), de Toussaint Louverture (Haut du Cap), de Jean Jacques Duclos dit Dessalines (Grande Rivière du Nord), de Christophe Henry (Cap-Haïtien). Laissons de côté, pour l’instant, le Baron de Vastey, Oswald Durand, Demesvar Delorme, Anténor Firmin,  Rosalvo Bobo, Jean Price Mars, Louis Mercier, Luc Grimard, Christian Werleigh et Marc Péan. Voilà!

 

 

 

Wilfrid Supréna, Professeur

Psychologie Sociale

Long Island, NY.

28 juillet 2011

Suprena3[@]aol.com

Mis à jour ( Lundi, 12 Septembre 2011 21:33 )
 

Advertisement