Un pionnier vient de nous quitter
Written by Orchestre Septentrional    Monday, 11 July 2011 18:27    PDF Print E-mail
Raymond « Colo » Pinchinat, capois de souche, grandit dans une famille de musiciens. Sa mère donnait des cours particuliers de solfège et de piano, et c’est elle qui, naturellement, initia le jeune Colo à l’art de la musique théorique et à la pratique du piano. C’est en 1952, l’année où Septentrional fut engagé pour animer les soirées dansantes à Rumba, que Colo Pinchinat fit son entrée dans l’orchestre où, il remplaça avantageusement Bòs Pierre Jacques comme saxophone-ténor.

Dès son arrivée au sein de l’équipe, il ne tarda pas à se révéler comme le plus brillant et le plus féru de connaissances théoriques et pratiques du solfège et de l’art de la composition. Musicien multi-instrumentiste et compositeur de talent, Colo rivalisait avec le maestro Hulric Pierre-Louis comme compositeur de la méringue traditionnelle; mais il était, de manière incontestable et incontestée, le spécialiste du Calypso, le tout nouveau rythme jamaïcain qui faisait rage en Haïti. C’est dans ce rythme qu’il composa d’ailleurs pour l’orchestre des pièces d’une très grande qualité : « Senk goud pa gen monnen », « Amalya » ou « Véla » entr’autres. En 1954, il écrivit pour Irma Michel, une jeune femme de Gros-Morne qu’il épousa en premières noces, une succulente méringue : « La Gros-Mornaise » qui est aussi la seule pièce de Colo Pinchinat enregistré sur disque par le Groupe Haïti Chérie qui vécut à l’ombre de Septentrional.

Avant de laisser l’orchestre à la fin de l’année 1959, il offrit à Septent un dernier gros succès : « Médam alèr kilé » que l’Ensemble de Nemours Jean-Baptiste va très rapidement enregistrer sur disque sous le titre insolite de « Complément Direct ». Tout comme Madan Bonga en 1969 et Temwanyaj trente ans plus tard, tous les groupes musicaux haïtiens jouaient, en 1960, Médam alèr kilé de Septent; mais c’est surtout Pierre Blain, avec son nouvel Ensemble, qui va décrocher la timbale non seulement en récupérant le musicien comme saxophoniste pour son groupe mais aussi, en faisant de cette composition de Colo Pinchinat un méga succès qu’il ne tarda pas, lui aussi, à enregistrer sur disque sous le tire de « Madanm Dodo Bokyèr ».

À Port-au-Prince, Colo devenait l’objet de toutes les convoitises. Tous les grands ténors de la musique haïtienne le voulaient comme membre de leur équipe, et se sont appropriés, sans scrupules, ses compositions à succès. Notamment : « Véla » que le grand Nono Lamy adapta pour l’orchestre de l’Hôtel El Rancho de Edner Guignard ou « Amalya », un autre calypso de Septent composé par Colo Pinchinat que l’Ensemble de Raoul Guillaume a également enregistré sur disque.

Au début des années 60, avec Rigaud Fidèle, un cofondateur de Septentrional, Colo Pinchinat s’aligne comme saxophoniste ténor dans le rang des musiciens de l’Ensemble de Webert Sicot pour qui il composa, harmonisa et surtout agença la ligne des hanches, la plus belle après celles de Issa El Saieh et de l’orchestre Septentrional. À l’occasion d’ailleurs d’une des très rares entrevues que Webert Sicot accorda à la presse, il disait sans coup férir que Rigaud Fidèle et Pinchinat sont les deux musiciens haïtiens qui l’ont le plus impressionné; et ce n’est pas peu dire!

La fin des années 60 a vu la disparition quasi complète des grands groupes musicaux de Port-au-Prince. Colo a du, progressivement d’abord puis définitivement en 1972, retourner dans son alma mater où il vécut jusqu’à ce samedi 25 juin 2011. Dommage qu’un musicien de la classe de Raymond Colo Pinchinat ne vécut qu’une si brève carrière de sept ans avec l’orchestre Septentrional.

Wilfrid Tony Hyppolite, septentologue
Last Updated ( Monday, 11 July 2011 18:39 )
 

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